Oups ! Je viens d'ouvrir la carte routière de l'atlantique nord. Une carte routière est une carte marine à grande échelle. Comme c'est grand l'atlantique ! La France parait minuscule. Elle est toute petite dans le coin en haut à droite. J'ai l'impression qu'elle est punie, avec son bonnet d'âne sur la tête.
Je veux ma maman ! Moi qui croyais avoir un grand bateau. Je me disais : la poupe aux îles du Cap Vert, la Proue en Martinique, et hop ! Je n'ai plus qu'à traverser le bateau dans le sens de la longueur, pas dans la largeur, n'exagérons pas. Comme c'est grand l'atlantique, beaucoup plus grand que la Manche. Un bateau, marchant gentiment, met 24 heures pour traverser, au plus large du Channel, Le Havre - Poole (pan !) par exemple. L'océan demande pratiquement la même chose. Il suffit de 24 jours (là, nous sommes à égalité), plus maintenant. Soit 24 fois 24 heures ! Je n'ose pas multiplier. Je veux ma maman et mon papa. Ma seule longue croisière est la traversée du lac de Vincennes à la rame. À l'époque, nous avions failli couler. Si j'attends quelques années, la dérive des plaques va rapprocher les deux continents. Avel Vat pense le contraire, l'Europe et l'Amérique s'écartent. Dans ce cas, partons dès maintenant.
Bonne nouvelle ! Les Cauchois déçus par l'Angleterre sont de retour. Là aussi, les traditions disparaissent. Ah, l'effet néfaste de la mondialisation ! Maintenant, il y a même du soleil sur les îles britanniques.
Un anticyclone s'est réfugié sur l'Écosse. Il est poursuivi par Danièle et Earl, deux méchants ouragans qui veulent le dévorer. Ils vont se casser les dents, car en Ecosse, séjourne le monstre du Loch Ness. L'été, il ne supporte pas d'être réveillé par le vent. Le monstre profite de la belle saison pour hiberner, plutôt "étérner". En automne, hiver et printemps, ce n'est pas possible. Toutes les dépressions de l'hémisphère nord s'amusent à le taquiner. Une petite tempête par-ci, une averse de grêles par-là et de la pluie continuellement. Pendant neuf mois, il reste éveillé. Il y trop de sifflements, de craquements, de vagues qui déferlent, de fantômes emportés par les bourrasques qui s'écrasent sur les vielles pierres des châteaux en chuintant à la vie. Alors ce n'est pas deux misérables tempêtes tropicales qui vont le taquiner. C'est vrai quoi !
Le monstre est malheureux, car les seuls migrants sont les cyclones. Il aimerait voir les gens du sud, avec leurs couleurs, leurs épices, leurs odeurs musquées et leur joie de vivre.
Il ne supporte plus de manger du blanc, il en bouffe depuis deux millénaires. La viande farcie au whisky, il ne peut plus la digérer. Du blanc qui n'a jamais vu le soleil, c'est pire que du poulet élevé en batterie. Il rêve d'un petit africain bien nourri évidemment, ou bien d'un petit arabe élevé en plein air. De plus, les écossais, qui restent au pays, sont vieux et secs. Les jeunes sont partis à Glasgow ou à Londres. Les seuls étrangers qu'il attrape de temps à autre, ce sont des hollandais, des belges, des allemands et des français. Les trois premiers ont une saveur à peu près équivalente : la bière. Le français est tellement imbu qu'il en a des aigreurs d'estomac.
Il salive en pensant aux effluves de cannelle, de noix de muscade, apportées par les alizés et à la chair miellée craquant sous ses dents. Il mastiquerait bien un antillais grillé et saupoudré d'épices. Oh oui, des grillades, il en rêve depuis cinq cents ans ! Il n'a jamais pu allumer un feu, trop d'humidité.
À bientôt.