une petite précision s'impose


Ce blog de voyage, conçu pour raconter notre périple en voilier, s’est transformé progressivement en un blog hébergeant des articles hétéroclites. Ils sont les récits d’autres périples, plus cérébraux que physiques.
Ma compagne préfère ce style de voyage. Une préférence extrémiste, je suis enfermé à double tour dans un cabinet noir. Seul un clavier lumineux me permet de communiquer avec le monde extérieur.







dimanche 6 juillet 2014

Félicitation



Ma fille ainée a dernièrement franchi le Rubicon. Elle a prononcé, ornée de ses nouveaux lauriers, sans plagier qui que ce soit, une célèbre phrase* qui n’est célèbre que depuis qu’elle l’a formulée : Veni, vidi, vixi.
Elle a terminé la lutte des classes en beauté. Elle a survolé la maternelle, surfé sur le primaire et a littéralement écrabouillé le secondaire. Elle en est sortie indemne, du moins d’apparence. La dernière bataille fut mouvementée. Elle a dû franchir le Rubicon en période de crue. Les crues du Rubicon sont connues pour leurs violences extrêmes. Téméraire, elle a pris le bac, a vomi tout ce qu’elle avait ingurgité depuis sa tendre enfance sur les bancs inconfortables de l’école. Apparemment, elle en avait ingéré une sacrée quantité qu’elle a revomie dans son intégralité. Car après le passage du bac, le commandant du navire lui a mentionné que c’était très bien ainsi, mais qu’il ne la reprendrait plus à bord. Le pauvre a horreur du vomi.
Pour ceux qui n’ont rien compris, je traduis en français simple. Ma fille je te félicite pour ta réussite au bac S avec mention très bien.
Maintenant je me pavane dans les rues de Beauvais avec une banderole où est écrit en gros, très très gros :
 je suis le père de la fille qui a eu une mention très bien au Bac S .

J’aurais pu être la mère, mais mon opération de changement de sexe est postérieure à sa naissance.
À partir de dorénavant, je n’adresse la parole qu’aux personnes bachelières. Les autres je vous méprise. Donc, je vais me mépriser, car le bac n’a pas voulu de moi. Pourtant j’avais bossé comme une bête. La preuve : je l’ai raté avec 4 de moyenne.

Ma fille je te félicite encore une fois, et surtout prends bien soin de toi.

* Jules aurait peut-être dit : Alea jacta est. (Ne pas confondre avec la marque de fringue)

Bernard l’Hermite



- Toc ! Toc ! Personne ne répond. Ce blog serait-il délaissé ?
- Oh ! Oh ! Oh !
A part l’écho, aucune réponse.
-  Chouette je vais pouvoir m’accaparer ce blog.
 Je suis un Bernard l’Hermite ayant subi une mutation. Au lieu de coloniser une coquille afin d’abriter mon abdomen mou. Je colonise les blogs afin de mettre à l’abri mon cerveau ramolli.
Je le protège des agressions philosophiques, moralistes, pudibondes, religieuses, politiques, familiales…
Bien à l’abri des pensées que je considère subversives, je puis ainsi exprimer mes propres réflexions qui sont dans la lignée consensuelle de la classe moyenne. La ligne directrice est une simplicité à faire frémir un eunuque devant un papyrus d’époque louis XV : ne choquer personne, surtout Christine Boutin et Farida Belghoul mon égérie.
Ma nouvelle coquille n’est pas spécialement conçue pour cette nouvelle ligne éditoriale. C’est le problème du bernard l’hermite. Lorsqu’une nouvelle demeure semble lui convenir, il doit s’adapter à l’aménagement non désiré. Je suis pareil, je ne peux pas effacer les écrits précédents. Cela serait aussi idiot que de détruire les murs de sa demeure. Je reconnais que je n’ai pas eu de chance, mais malheureusement c’était le seul blog abandonné qui correspondait à ma taille.
Je n’ai plus qu’à changer le mot de passe et le blog m’appartiendra en entier. Le petit détail qui tue. Pour changer le mot de passe, j’ai besoin de l’ancien mot de passe. J’ai donc contacté très discrètement le nouveau ancien propriétaire. Malheureusement, il souffre d’Alzheimer doublé d’une très forte schizophrénie.
Hélas, noble(s) lecteur(s), je ne puis vous promettre de poursuivre un échange d’idées à sens unique et constructif. Vivant sous la menace constante d’un retour du propriétaire, je vais tenter de trouver un autre blog à ma pointure.
Peut-être à une prochaine fois.

dimanche 13 avril 2014

Joyeux anniversaire



- Joyeux  anniversaire Frédéric !
Qu’est-ce que je me marre. Je suis croulé de rire sur l’ordinateur. Je ricane. Je me roule par terre d’hilarité. Je pleure de joie. Je glousse. Je suis tordu de rire. Je pète d’allégresse. Je m’esclaffe. Je souris. Je pouffe. Je caquette. J’hennis. Je braie.
Mais sincèrement, je ne trouve pas cela si génial de prendre un an dans la tronche. A part la sagesse qui est le reflet d’une plus grande difficulté à réfléchir. Prendre un an se traduit par un rabaissement du sol, par des articulations qui grincent comme les roue d’une brouette délaissée, par un porte étendard qui ne porte plus grand-chose, par des poches sous les yeux qui servent de garde-manger, par une mémoire défaillante, par un tremblement des extrémités, par une odeur de rance qui surnage malgré l’utilisation intensive de déodorant, par une démarche claudicante, par une surdité chronique, et surtout par l’âge de la retraite qui recule plus vite que je vieillis.
Cependant je remercie les humbles âmes qui m’ont souhaité un joyeux anniversaire, d’autant plus que j’ignore maintenant la date de ma naissance.

Putréfaction



Le vent vif me purifie le corps. Je suis nu face à la mer, les bras écartés dans le but d’offrir une plus grande surface au souffle purificateur. Les rafales bousculent mon être, les poils sont arrachés par poignées, la peau rougit sous les coups de boutoir, le sexe se rétracte dans sa coquille, les testicules ne sont plus que deux lentilles, le crane s’épile, la bouche s’ouvre, le vent s’engouffre, suit la voie œsophagienne,  dilate l’estomac, gonfle les intestins et  ressort par la seule issue possible en attirant à lui la pourriture nauséabonde qui me parasite.
En me rhabillant je pense à l’effet éphémère de la purification. Deux trois jours suffiront  à la charogne pour coloniser de nouveau mon corps.
Malgré une enveloppe corporelle d’apparence saine, je suis pourri de l’intérieur. La pensée, l’âme, et l’être matériel ne sont qu’un amas de putréfaction.
J’ai beau me laver les dents, faire des lavements, ingurgiter par litre de la Bénédictine, me confesser tous les dimanches matin et les jeudis soir en compagnie des grenouilles de bénitiers, laver la peau avec un gant de crin, me flageller avec une chaine à vélo rouillée, marcher pieds nus sur des braises, sodomiser un pou pédophile, me coiffer avec la raie au milieu,  la pourriture m’envahit le corps. Seul le vent violent arrive temporairement à assainir le Moi et son enveloppe.
Je pue de l’intérieur. Le problème est que je n’arrive pas à contenir la puanteur. Si je n’expose pas mon corps à une tempête, la fétidité s’extériorise par les pores et par les divers orifices que la nature a percés dans mon enveloppe corporelle. Ainsi mon entourage m’évite ou n’accepte ma présence que dans les lieux exposés au courant d’air. Même les mouches à merde me fuient comme la peste.
Même la mort avec sa faux rouillée mais tranchante comme la faux de la mort me fuit comme la mort.
La mort a-t-elle une mort ?

dimanche 15 décembre 2013

Vive le travail !



Fut un temps où ma jeunesse, mon inconscience, l’absence de gamins, me permettaient de quitter un boulot lorsque je considérais que la compétence du patron ne correspondait pas à mes attentes. Je reconnais que le fait d’écrire cette phrase implique une haute estime de soi. Surtout qu’à l’époque je n’étais qu’un simple stagiaire en quête de savoir. D’ailleurs peu importe, ce comportement m’a permis d’atterrir dans des entreprises aux dirigeants compétents et aimant léguer leur savoir.
Ensuite lorsque je devins capable d’exercer mon métier, j’eus la chance d’être toujours respecter et libre d’appliquer mes compétences à ma convenance. Puis un concours de circonstance aidant, je créais ma propre entreprise où cette fois je dus supporter un patron irascible. La naissance d’enfants et le manque de temps à leur consacrer imposèrent la vente de l’entreprise.
Après quelques années sabbatiques, je réintégrai le monde du travail dans une petite entreprise familiale.
Ça fait un an que j’y suis et je m’arrache les cheveux.
La maxime de l’entreprise est d’une simplicité à faire frissonner une pierre tombale : «  pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer. »
Sincèrement, mon imagination pourtant parfois délirante n’aurait jamais pu concevoir une telle démence. Je n’ai jamais autant travaillé et produit aussi peu. C’est la première fois que je bosse sur autant de projets en même temps et que pratiquement aucun n’aboutisse. J’ignorais jusqu’à maintenant que l’on pouvait bosser constamment dans l’urgence et ne jamais achever sa besogne car elle est remplacée par une autre urgence, qui jaillit comme une giclée de sperme des brumes dictatoriales de la direction. Cette autre urgence  sera évidemment sans conclusion. Si une proposition est faîte par un salarié, elle ne sera jamais prise en considération surtout si elle peut être bénéfique à l’entreprise, à moins qu’elle soit présentée comme une idée insensée.
Le plus incroyable est que cette entreprise est encore viable. Je n’ose pas imaginer ce qu’elle pourrait devenir si la maxime susdite était abandonnée.
Jusqu’à maintenant, je n’avais ni réussi, ni tenter de couper des cheveux en quatre. Ainsi après un an de travail dans cette entreprise j’y arrive presque. Comme quoi, même dans les endroits où le mot compétence est inconnu, il est possible de progresser.