une petite précision s'impose


Ce blog de voyage, conçu pour raconter notre périple en voilier, s’est transformé progressivement en un blog hébergeant des articles hétéroclites. Ils sont les récits d’autres périples, plus cérébraux que physiques.
Ma compagne préfère ce style de voyage. Une préférence extrémiste, je suis enfermé à double tour dans un cabinet noir. Seul un clavier lumineux me permet de communiquer avec le monde extérieur.







dimanche 13 novembre 2011

Visite chez le psy.

-Bonjour madame, bonjour monsieur. Quel beau bébé ! Veuillez-vous asseoir.
Bien élevés, nous abaissons et posons délicatement nos postérieurs sur les chaises conçues spécialement pour cette fonction. Elle nous dévisage. Mal à l’aise je porte attention au moindre de mes gestes, j’ai trop peur qu’elle devine mes pulsions les plus profondes.
Nous consultons chez un pédopsychiatre. Nous avons quelques problèmes avec notre petit poussin de trois mois. Ma femme est plus à l’aise. En tant que psy, elle est capable de fermer son esprit à la curiosité de ce vampire de l’âme. Je n’étais pas chaud de consulter un psy. Je suis un matérialiste pur jus, je ne crois que ce que je vois. Alors les profondeurs du Moi sont aussi mystérieuses que la reproduction des protozoaires par pluie intermittente. Je n’ai pas eu le choix, ma femme m’a forcé la main, qui est maintenant bandée.
- Qu’est-ce qui vous amène ?
J’aurais bien répondu. Mais le regard de la psy coince le premier mot de la phrase dans le larynx. Une onomatopée s’approchant du rot s’expulse de la bouche. La psy hoche la tête et note un mot. Ma femme n’est pas encombrée :
- Nous avons quelques problèmes avec notre petit bébé chéri adoré. Comment dire. Voilà, notre petite merveille nous a expulsés du lit. Chaque approche de notre part se solde par des hurlements. Dès que nous nous éloignons, il se calme. Sauf évidemment au moment de l’allaitement.
La psy griffonne, puis questionne.
- Ces faits sont-ils existants depuis la naissance ?
Toujours muet, je laisse ma femme s’exprimer.
- Oh non, ma petite fleur bleue des iles paradisiaques m’a acceptée dès sa naissance. Nous formions un couple parfait. Nous fusionnions tranquillement. Jusqu’il y a quinze jours, il n’a pas décroché de mes seins.
Elle gribouille,
- Et votre mari ?
- Quel mari ?
- Le papa !
- Oh ! Ou avais-je la tête ? Posez-lui la question.
La psy me regarde. Elle lit dans mes yeux. Elle perçoit ma noirceur. Maintenant elle sait pourquoi l’enfant m’a rejeté. Je reste silencieux. Je suis tétanisé, j’ai peur qu’elle appelle les services sociaux. Dans la vie de tous les jours je me comporte à peu près normalement. Cependant mes fantasmes sont la perversité même.
Elle gribouille et se tourne vers la maman :
- Le géniteur est perdu au fond de ses tourments. Alors, pouvez-vous répondre à sa place ?
- Mon gros trésor et moi n’acceptions pas la présence d’un autre homme. Nous préservions au maximum notre intimité.
- Cependant, votre enfant n’a pas accepté cette situation. Vu, qu’il vous a éjectez.
 Ma femme très à l’aise répond :
- C’est pour cette raison que je suis ici. Que mon petit bleuet frétillant aux caresses de la brise printanière tue le père était logique, certes précoce mais normal. Cependant qu’il tue la mère est contraire au fondement de la psychanalyse.
La psy dessine de nombreuses figures géométriques puis comme à son habitude commente :
- Un Œdipe doublé d’un Œdipe inversé. Rare, très très rare. Certains de mes confrères pensent que le « fantasme matricide serait dû à une image de la mère trop parfaite ».
Ouf ! Je ne suis pas responsable.
- Cependant je ne suis absolument pas d’accord avec ces théories. La mère n’est absolument pas responsable. Le père est le seul coupable.
Mémère, elle délire. En psy, je suis peut-être ignare, mais c’est toujours la mère qui est la cause des troubles affectifs et autres, de l’enfant. Le père est au-dessus de la mêlée. J’essaye de m’insurger contre l’injustice. Mais la misandrie de cette femme est trop enracinée en elle.
- En psychanalyse, la mère est toujours considérée comme responsable de tout. Cependant je suis une femme. Mon approche est plus subtile que celle des gros bœufs d’hommes qui sont prénommés les pères de la psychanalyse. Le responsable est vous, monsieur. Le bébé a rejeté la mère pour la protéger de votre agressivité. Vous ne supportiez pas d’être évincé du lit conjugal. Vous manifestiez votre désaccord suffisamment fort pour éveiller la conscience du petit. Il a cru que vous vouliez la tuer. Pour la sauver, il l’a repoussée.
Déjà que l’ambiance entre ma femme et moi était brumeuse, avec le diagnostic de la psy cela risque d’être tempétueux.
Après un sermon digne d’un curé intégriste, et d’une somme conséquente abandonnée sur son bureau, nous rejoignons nos pénates.

Quelques jours plus tard, j’ai une explication rationnelle du comportement de mon fils. Je l’ai pris en flag d'adultère parentale.

Il nous a virés de la chambre pour flirter tranquillement !

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